On en fait toutes je crois, des petits et des plus gros, des
plus faciles et des plus difficiles, certains arrivent à être définitifs tandis
que d’autres se pointent à répétition, nous attendant dans le détour… nous
jouant des tours.
Depuis quelques mois une douleur sévit, dans mon cœur, dans
mon corps, dans ma vie. Avec de l’aide j’ai réussi à l’entendre, la comprendre,
pour enfin la faire partir et retrouver ma légèreté d'exister. Mais elle est tenace,
coriace et la voilà qui refait surface. Ce n’est pas qu’elle fait si mal, non
en fait c’est qu’elle fait peur, craindre le malheur. Peur que ce soit grave,
peur qu’elle m’emporte, peur qu’elle me transporte jusqu’à un autre monde que
je ne suis pas prête à visiter, arpenter, reposer en paix. En fait, elle m’a
fait peur jusqu’à m’envahir, jusqu’à vivre avec la peur de mourir.
Et puis j’ai eu une sensation, vague impression, bribe de
compréhension.
Si c’était seulement une partie de moi qui était en train de mourir, plutôt de
mûrir, pour vivre de nouveau... vivre un renouveau.
Si c’était seulement une tranche de vie qui tire à sa fin… la fin des bambins.
La fin d’une période de vie, faite de petits.
La fin d’une décennie.
Ça pourrait être si simple, de laisser couler la Vie, de
dire oui. Le problème, c'est que je suis attachée au passé, tandis qu'avec des enfants ont a pas le temps de s'attarder. Puis je ne suis pas certaine d'être prête, alors je tiens tête ! Un vrai combat en dedans de moi !
Ma couvée a grandit, vieillit...
Les moments où nous sommes tous attablés autour d'un même projet, se font plus espacés et parfois moins appréciés... et ça me fait regretter toutes ces belles années passées. Pourtant quel bonheur de les voir se définir, s'épanouir, confiants, contents... bientôt adolescents. Tellement de parents n'ont pas accès à de tels moments. Alors en même temps que j'éprouve une certaine nostalgie, je me réjouis, d'autant que la vie nous a gâtée, trois petits
loups en santé ! Trois petits loups qui grandissent et nous ravissent ! Trois
petits loups qui nous apprennent, qui ont fait de moi une Reine. Trois petits
loups, grâce auxquels j’ai réalisé mon rêve, celui d’être mère et même mère de
carrière. Mais voilà, même si je me disais que j’en voulais deux ou trois, je
ne savais pas que j’aimerai autant ça. Je ne savais pas que ça ferait autant
partie de moi. Je ne savais pas que ça ferait naître et grandir la femme en moi. Je ne connaissais pas le bonheur de le féminité, la fébrilité d’attendre un bébé. Je ne
connaissais pas l’émoi, devant un minuscule petit pyjama. Je ne savais pas je
pourrai m’enivrer de leur l’odeur, de leur tiédeur, de leur moiteur, de leur douceur. Je ne
savais pas tout le bonheur de les tenir par la main pour partager notre chemin,
je ne savais pas que caresser la tête d’un nouveau-né donne l’impression de
toucher au sacré, je ne savais pas la félicité d’allaiter, je ne savais pas la
complicité de jouer, de se chatouiller, de dessiner, de cuisiner, de se
bisouter, de se câliner. Je ne savais pas, qu’ils deviendraient tout pour moi.
Et pire que ça, je ne savais pas qu’un jour mon temps serait
compté, que des rides au coin des yeux et du blanc dans mes
cheveux me rappelleraient qu’une décennie venait de s’ajouter, que le temps s’était
écoulé au point de faire résonner un tic-tac insensé et venir me faire sentir pressée de me
décider. Décider d’un autre bébé ou d’avancer d’autres projets. Décider de
passer à autre chose, ou en prendre une dernière dose. Fermer doucement cette
partie de moi, qui a prêtée vie quelques fois. Emmener à la friperie, la chaise
haute, le petit lit et tout ce qui a tant servi, donner le tire-lait et le porte-bébé,
offrir à d’autres mamans les sacs de vêtements qui ne passeront plus de l’un à
l’autre rappelant une foule de souvenirs. Observer les grosses
bedaines, bébé en écharpe sans larme ni regret, reléguer ma crédibilité à d’autres
domaines d’activités, arrêter d’écrire pour dire et revendiquer un statut pour les mères de carrière, avancer… avancer vers d’autres projets. Évoluer
avec ma trâlée, plutôt que de rester collée au monde des bébés, grandir avec
eux et continuer de vivre des jours heureux.
Je sais certaines me diront: "Mais qu’est ce qui t’empêche d’avoir
un autre bébé, et de continuer d’accompagner doucement tes plus grands ?" Rien,
si ce n’est la peur de ne pas y arriver, pas arriver à tout concilier, pas
arriver à combler les fossés des années, pas arriver à accompagner chacun dans
ses besoins au quotidien, la peur que ce bonheur soit au détriment d’un des
enfants, d’une certaine légèreté que l’on commence à retrouver, le constat de
petites nuits et de journées bien remplies… et l’envie aussi de nourrir d’autres
projets, de faire grandir de nouvelles idées, de prendre soin de ce que l’on a …
au creux de nos bras. Accepter, que nous ne sommes pas fait d’éternité, que les
choses sont vouées à changer, évoluer, se transformer et qu’il nous faut
apprendre à l’accepter, l’apprécier, le célébrer.
Un jour j’espère, je serai une grand-mère, aux cheveux gris
et multiples décennies, épanouies, et ma vie sera de nouveau garnie de petits!