vendredi 6 mars 2015

Des nouvelles de bébé âne




… notre Framboise est enterrée mais pas oubliée.
Les enfants, ceux de la tribu mais aussi ceux des amis, ont égrené ici et là des mots, des dessins, des images, pour  se souvenir, se soutenir, partager, cultiver, appréhender, grandir… vivre. Des réflexions qui chaque fois m’émeuvent et m’en apprennent sur leur vision et leur compréhension.



Ainsi Petit Caillou, 3 ans a dit :
« Moi j’ai pas hâte d’être mort, ça fait peur. »
Et depuis une semaine des histoires de mort se jouent, se font et se défont, certainement au fil de ses émotions et interrogations.

L’ami de petit Caillou, 4 ans, a fait un magnifique dessin pour « mettre sur la tombe ».

Cariboo, 13 ans, a déclaré :
« On va la mettre dans le bois et elle va donner à manger aux coyotes… comme ça les mères coyotes auront plein de lait pour leurs petits qui vont naître bientôt. »
Si ce n’était de l’allaitement,  des mères amies ont trouvé ses propos bien durs et pourtant tel est le cycle de vie et mon grand l’a compris.

Le grand ami de Cariboo, n’a pas fait de dessin, mais il s’est arrêté pour nous parler, poser une montagne de questions et tenter de comprendre ce qui était arrivé.  Même s’il avait l’air d’un molosse « paddé » dans son super équipement de hockey, je voyais bien qu’il était bouleversé.

Et les filles… les filles elles ont mis Framboise dans les nuages, dans le ciel et les étoiles, quelque part où elle continue d’exister et de veiller sur ceux qu’elle aimait.

Ce que je trouve incroyable c’est que bien sûr nous apprenons à nos enfants, informons, transmettons, induisons et pourtant chacun développe sa propre version… une version en écho à qui il est, à ses besoins, ses peurs et bonheurs.

Outre la réaction des enfants, celles des autres animaux de l’enclos, m’ont aussi touchée… bouleversée. Le premier matin sans Framboise, tous les animaux étaient repliés au bout du petit bois où normalement ils ne vont pas. Personne à la barrière pour nous accueillir, venir chercher des caresses ou espérer un peu de grains et de foin… non rien ils se tenaient loin. C’est que Framboise était la meneuse et sans elle ils n’avaient plus personne à suivre, alors prostrés, ils attendaient… et nous on s’inquiétait. On s’inquiétait de ne pas les voir s’alimenter, on s’inquiétait de devoir les réapprivoiser. Avec des carottes et de la patience, ils ont fini par s’approcher, nous renifler et nous frôler pour vite repartir se cacher aussitôt que l’on essayait de les caresser.
Le lendemain alors qu’il avait neigé, personne n’a osé franchir la congère que le vent avait soufflée, pour sortir de la bergerie et venir manger. Alors je suis allée pelleter et Cariboo a fait un chemin de grains pour les encourager à avancer.
Puis au bout de trois jours, le balai matinal a repris à côté de la bergerie. Bébé âne imitait sa maman et c’était lui qui dorénavant courrait, embêtait et essayait de croquer la toison du mouton !!! Encouragé par Biquette la chevrette, il a recommencé à s’approcher de la barrière, même sans sa mère… il a même commencer à braire ! Il ne se laisse pas encore caresser, mais on le sent intéressé, il vient nous renifler et reste à nos côtés à nous observer.

Au regard des difficultés qui se passent dans de nombreux pays, de l’ampleur du labeur des éleveurs et agriculteurs, je sais qu’il n’y a pas de quoi en faire plat… et pourtant. Pourtant les animaux ont bel et bien vécu un tourment, bébé âne a perdu sa maman et dû être sevré instantanément. Et il serait faux de nier, ce que ça lui a fait endurer… et pourtant. Pourtant tous les jours on sèvre et sépare drastiquement des petits de leurs mamans, pour gagner de l’argent, remplir nos assiettes largement… ça m’a troublé, offusqué.  On sèvre aussi nos bébés, pour leur donner du lait embouteillé, parce qu’ils sont soit disant assez grands, que maman a assez donné, que papa est tanné, qu’avec la garderie c’est compliqué, que l’on est tannée de se justifier… que le temps est écoulé.

Mais bon, revenons à nos moutons !
Bébé âne va bien, il mange de pus en plus de foin et s’habitue peu à peu au grain. Il est veillé par la maisonnée, la parenté, les amitiés et il y a fort à parier que bientôt ce sera le nouveau chef de l’enclos !





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